Recevoir une maison pour un quart en pleine propriété et pour trois quarts en usufruit est une situation fréquente après le décès d’un conjoint. Elle soulève une question concrète dès qu’un projet de vente se profile (voir notre guide complet pour réussir la vente d’une maison) : qui doit signer, et comment se partage l’argent ? La réponse tient en quelques principes simples, détaillés ci-dessous.
Qu’est-ce que 1/4 pleine propriété et 3/4 usufruit ?
Cette répartition résulte d’un démembrement de propriété : le bien est scindé entre un droit d’usage et de jouissance (l’usufruit) et un droit sur la substance du bien (la nue-propriété). Détenir 1/4 en pleine propriété et 3/4 en usufruit signifie qu’une même personne, ici le conjoint survivant, possède totalement un quart de la maison, tout en ayant le droit d’y vivre ou d’en percevoir les revenus sur les trois quarts restants, dont la nue-propriété appartient aux enfants du défunt.
Les nus-propriétaires détiennent donc une part de la maison en nue-propriété, sans pouvoir en jouir tant que l’usufruit court. L’usufruitier, lui, cumule un droit plein sur une portion et un droit limité sur le reste. C’est cette superposition qui rend la vente un peu plus technique qu’une transaction classique.
Pourquoi cette situation se présente-t-elle lors d’une succession ?
Cette configuration découle presque toujours d’une donation entre époux, aussi appelée donation au dernier vivant. Ce dispositif ouvre au conjoint survivant une option successorale à plusieurs branches : recueillir la totalité de la succession en usufruit, obtenir le quart en pleine propriété assorti des trois quarts en usufruit sur le surplus, ou encore prendre la quotité disponible en pleine propriété. Le choix du 1/4 PP plus 3/4 d’usufruit correspond à l’une de ces branches, souvent retenue pour conserver un droit ferme sur une partie du bien tout en continuant à occuper la maison familiale.
Les enfants du défunt deviennent alors nus-propriétaires sur les trois quarts, et copropriétaires en pleine propriété sur le quart restant avec le conjoint survivant. Cette double casquette explique pourquoi les héritiers sont souvent partie prenante à plusieurs titres dans une même transaction.
Vendre la maison : quelles conditions et accords nécessaires ?

La règle centrale à retenir : la vente du bien dans son ensemble exige l’accord unanime de toutes les parties concernées, c’est-à-dire l’usufruitier et chaque nu-propriétaire. Aucun d’eux ne peut imposer la vente aux autres, sauf décision judiciaire dans des cas de blocage prolongé. En pratique, la transaction se conclut le plus souvent à l’amiable, par un accord commun formalisé devant notaire.
Plusieurs configurations sont possibles selon les intentions de chacun :
- Vente amiable de la totalité du bien, avec répartition du prix entre usufruitier et nus-propriétaires ;
- Rachat de parts par l’un des nus-propriétaires ou par l’usufruitier, qui devient alors seul propriétaire ;
- Vente de la seule nue-propriété ou du seul usufruit, opération plus rare et plus complexe à valoriser sur le marché.
Dans tous les cas, l’acte notarié constate la répartition et sécurise les droits de chacun, notamment lorsque le bien est détenu en indivision entre plusieurs nus-propriétaires.
Comment se répartit le prix de vente entre les parties ?
Une fois la vente actée, le prix ne revient pas automatiquement selon les proportions 1/4 – 3/4. Le quart détenu en pleine propriété revient sans discussion à son propriétaire. Sur les trois quarts restants, le prix se répartit entre l’usufruitier et les nus-propriétaires selon la valeur de l’usufruit au moment de la vente, laquelle dépend principalement de l’âge de l’usufruitier.
Le barème fiscal de l’usufruit
L’administration fiscale utilise un barème fixé par l’article 669 du Code général des impôts pour évaluer l’usufruit en fonction de l’âge. Ce barème sert de référence, même si les parties peuvent convenir d’une répartition différente d’un commun accord.
| Âge de l’usufruitier | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans révolus | 90 % | 10 % |
| De 31 à 40 ans révolus | 70 % | 30 % |
| De 51 à 60 ans révolus | 50 % | 50 % |
| De 61 à 70 ans révolus | 40 % | 60 % |
| De 71 à 80 ans révolus | 30 % | 70 % |
| Plus de 91 ans révolus | 10 % | 90 % |
Exemple chiffré de répartition
Prenons une maison vendue 300 000 €, avec un usufruitier âgé de 75 ans. Le quart en pleine propriété, soit 75 000 €, lui revient intégralement sans calcul particulier. Sur les 225 000 € restants correspondant aux trois quarts démembrés, le barème fiscal attribue 30 % à l’usufruit et 70 % à la nue-propriété : l’usufruitier reçoit donc environ 67 500 €, et les nus-propriétaires se partagent 157 500 € selon leurs parts respectives. Au total, l’usufruitier perçoit ici près de 142 500 € sur le prix global.
L’erreur fréquente : croire que le conjoint peut vendre seul
Détenir un quart en pleine propriété ne donne pas le droit de vendre l’ensemble du bien sans l’accord des nus-propriétaires. Beaucoup de conjoints survivants pensent pouvoir signer seuls la vente totale : c’est faux, sauf pour la portion qu’ils détiennent en pleine propriété, cessible librement.
Alternatives et points de vigilance avant la vente

Si un désaccord persiste entre usufruitier et nus-propriétaires, le rachat de parts reste souvent la solution la plus simple : l’un des héritiers indemnise les autres pour devenir seul titulaire du bien avant de le revendre ou de le conserver. Cette opération évite l’obligation d’unanimité pour une vente future et met fin au démembrement de propriété sur cette maison.
Il faut également surveiller l’incidence fiscale de l’opération : la part perçue par les nus-propriétaires peut être soumise à une clause de remploi si elle avait été prévue lors du règlement de la succession, obligeant à réinvestir la somme dans un autre bien. Les droits de succession déjà réglés ne sont pas remis en cause par la vente, mais une nouvelle plus-value peut s’appliquer selon la durée de détention de chaque part.
Enfin, l’extinction de l’usufruit au décès de l’usufruitier transformera automatiquement les nus-propriétaires en pleins propriétaires, sans taxation supplémentaire dans la majorité des cas. Attendre ce terme reste une option pour ceux qui ne souhaitent pas vendre dans l’immédiat, à condition que la maison reste occupée ou entretenue durant cette période.

